Zoe Konstatopoulou aux Universités d’Attac à Toulouse

Attac cherche son équilibre avec le parti de Mélenchon par Elsa Sabado sur Mediapart

Attac réunit son université d’été à Toulouse. Entre la dynamique autour de La France insoumise, qui porte une partie de son programme, et la défense de sa place particulière, à côté, et pas dans le mouvement politique, l’organisation est tiraillée.

Toulouse (Haute-Garonne), envoyée spéciale.-  À presque vingt ans d’âge, Attac a réussi à rassembler 2 000 personnes à son « Université d’été des mouvements sociaux ». Dans les corridors chauds et venteux de l’université refaite à neuf, se pressent militants français, allemands, belges, espagnols, grecs, en lutte contre les multiples conséquences du néolibéralisme. Syndicalistes, écologistes radicaux, militants contre la finance, la dette et l’évasion fiscale, sont venus préparer leur rentrée sociale dans une foule d’ateliers, de forums, de meetings. Et « pour la première fois dans l’histoire des universités d’été d’Attac, il y a un espace ouvert pour parler des relations entre les mouvements sociaux et les partis politiques », relève Annick Coupé, ancienne porte-parole de l’union syndicale Sud-Solidaires, organisation fondatrice d’Attac.

En France, les données de cette rentrée sont particulières. En mai, Emmanuel Macron, représentant de l’exact opposé des valeurs d’Attac, est arrivé au pouvoir. Mais la séquence électorale a surtout vu une montée en puissance de La France insoumise à gauche de l’échiquier français, écrasant le reste des forces politiques sur son chemin. Or, une bonne partie des bataillons d’Attac a mené la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Se pose donc avec acuité la question du rapport entre le mouvement social et le parti politique. D’où ce débat du jeudi 24 août dans l’amphi C de l’université du Mirail.

Le discours que tous attendent dans cette salle, c’est celui d’Éric Coquerel, un des piliers de La France insoumise, engagé depuis des années dans les collectifs unitaires rassemblant mouvements, syndicats et partis sur diverses questions. « Pendant des années, nous avons cherché à construire des alternatives, des mouvements de résistance au libéralisme à travers des cartels d’organisation à gauche de la gauche, sans parvenir à dépasser les intérêts de la somme de nos appareils. Le débat n’est pas le même qu’il y a cinq ans. Aujourd’hui, il n’est pas anodin que des forces de gauche radicale soient en capacité de prendre le pouvoir. Podemos fait 20 %, Syriza est au pouvoir en Grèce, le Labour, en Angleterre, fait de très bons scores. En France, la FI tient ce rôle », avance-t-il. Avant de lister les caractères de son mouvement politique, qui se trouvent être très proches de ceux d’Attac, dont le programme s’appuie sur le travail des associations : adhésion directe, implication citoyenne, éducation populaire.

Pour le député de Seine-Saint-Denis, désormais, la question n’est plus d’organiser la résistance au néolibéralisme, car la réponse est toute trouvée, c’est La France insoumise. « La question, c’est de la rendre majoritaire. » Une phrase finit de faire tiquer une partie de l’assemblée : « Si la question des liens avec les mouvements sociaux se pose, elle ne se pose pas en externalité. Vous, c’est nous et nous c’est vous », conclut l’insoumis. Car si une partie importante des adhérents d’Attac a voté, voire mené la campagne de Jean-Luc Mélenchon, c’est loin d’être le cas de tous : nombreux sont ceux qui cumulent leurs cotisations à Attac et chez EELV, au NPA, à la gauche du PS. Et quand bien même leur cœur balancerait pour la FI, les adhérents d’Attac tiennent à l’autonomie du mouvement vis-à-vis des forces politiques. Cette préoccupation renvoie notamment à l’histoire du mouvement ouvrier français, marqué par la question de l’indépendance syndicale.

Yannick Jadot, à la tribune, porte la contradiction : « Il y a des désaccords chez les militants des mouvements sociaux, notamment sur la question de l’Europe. Un seul mouvement politique ne peut pas incarner la diversité du mouvement social », commence le député européen. « Quand on est un leader, on doit rassembler contre cette logique d’hégémonie », estime un adhérent d’Attac. Annick Coupé, ancienne porte-parole de l’union syndicale solidaire et au bureau d’Attac, voit elle aussi d’un mauvais œil les ambitions de La France insoumise. « On a déjà vu cela dans l’histoire du mouvement ouvrier : le parti communiste prenait en charge les mouvements de femmes, de jeunes, la CGT… mais les mouvements sociaux sont des contrepouvoirs y compris au sein de leur camp. La politique du parti communiste quant aux questions féminines était très traditionnelle. Il a fallu que le mouvement féministe se construise à côté, en friction pour qu’il finisse par intégrer ses revendications. La FI a une tendance naturelle à considérer qu’ils ont la légitimité pour incarner le mouvement social dans sa globalité », déplore la syndicaliste.

Une défiance que ne partage pas Flavia Verri, engagée à la fois à la FI et à Attac : « En ce moment, je participe à un collectif unitaire contre le CETA, impulsé notamment par Attac. Nous envisageons de lancer un référendum contre les traités de libre-échange. Nous aimerions que les députés de la FI portent nos propositions, qu’ils interviennent lors de la ratification du traité à l’Assemblée. Je vois ainsi notre collaboration : nous apportons notre expertise aux élus », veut croire cette militante.

Complémentarité versus concurrence

Que dire alors de la date de la manifestation contre la loi travail proposée par la seule France insoumise, fixée sans consulter aucune autre force politique au 23 septembre, quelques jours après celle appelée par les syndicats ? « Pour moi, ces deux dates sont complémentaires. Elles ne ciblent pas les même personnes : il y a ceux qui peuvent faire grève et les autres, et ils peuvent agir dans le même sens. » Benjamin Joyeux, écologiste et contributeur à Mediapart, s’inscrit en faux contre ces arguments : « Il s’agit d’une initiative purement identitaire, car elle intervient après la fin des négociations. Le but n’est pas d’influer sur celles-ci, mais de faire la démonstration que la FI est la seule force d’opposition à Macron. Ce n’est pas étonnant, lorsqu’on sait que Mélenchon comme Iglesias de Podemos s’inspirent de la théorie gramsciste de l’hégémonie », analyse l’altermondialiste.

« Il faut acter qu’aujourd’hui, il y a une force politique à la gauche du PS qui permet de drainer des gens nouveaux, qui n’ont jamais milité, et de dépasser le cercle des convaincus habituels. Attac gardera son autonomie par rapport à La France insoumise comme elle l’a gardée vis-à-vis de l’ensemble des autres forces politiques et syndicales. Nous, nous voulons renforcer nos luttes communes avec La France insoumise, mais nous voulons travailler en complémentarité plutôt qu’en concurrence », souligne Aurélie Trouvé, actuelle présidente d’Attac, qui tente de faire la synthèse, sans brusquer les militants de la FI adhérents à Attac, tout en continuant de défendre une autre voie.

Une des particularités d’Attac tient à son existence dans divers pays. Les interventions des altermondialistes dont les pays sont en avance sur la France quant à l’éclosion d’une force de gauche radicale importante invitent à rester prudents. En Espagne, par exemple, les cadres du mouvement social ont été nommés à des postes à responsabilité dans les mairies prises par Podemos ou Izquierda Unida, comme à Barcelone ou à Cadix. Les représentants espagnols rappellent, lors du débat, la nécessité de rompre avec les institutions, car l’endettement les empêche de satisfaire les revendications pour lesquelles ils ont été élus. Plus grave encore, alors qu’ils ont les poings liés dans les institutions, ils sont absents sur le terrain de la rue, et n’occupent plus leur rôle de contre-pouvoir. « Et pendant que la droite se refait une santé à Barcelone, nous ne sommes pas là », s’inquiète un adhérent espagnol présent dans la salle.

Syriza, un dauphin dans la mer des mouvements sociaux

L’expérience partagée par Zoi Konstantopoulou est tragique. Cette avocate militante des droits de l’homme a présidé le parlement grec les neuf premiers mois du gouvernement Tsipras. Elle a alors réalisé un audit de la dette de la Grèce, avec Éric Toussaint, dirigeant du CADTM (comité pour l’abolition des dettes illégitimes), une des organisations qui pèsent à Attac, et demandé son annulation. La militante a ensuite rompu avec fracas avec Tsipras lorsque celui-ci a finalement signé, le 15 juillet 2015, l’accord avec la troïka – FMI, Banque centrale européenne, Union européenne – imposant une politique d’austérité aux conséquences catastrophiques pour les Grecs, qui se poursuit encore aujourd’hui. Très proche de Jean-Luc Mélenchon, elle anime avec lui « Le Plan B », rassemblant les dirigeants de gauche radicale sur la même ligne sur les questions européennes. « Nous avions l’habitude de dire que Syriza nageait dans les mouvements sociaux comme un dauphin dans la mer. Mais malheureusement, cette relation n’a pas eu les conséquences que j’imaginais. Arrivés au pouvoir, les dirigeants de ces mouvements sociaux sont devenus des cadres gouvernementaux. Si vous m’aviez posé la question en mai-juin 2015, j’étais à 95 % sûre qu’Alexis Tsipras ne signerait pas d’accord avec la troïka. Et si les 5 % restants se réalisaient, j’étais sûre à 100 % qu’il n’obtiendrait pas la majorité dans Syriza, justement parce qu’il s’agissait de militants de longue date », narre Zoi Konstantopoulou. « J’ai vu le représentant emblématique de la lutte contre la privatisation des ports devenir ministre des affaires maritimes, apposer sa signature sur le document de privatisation du Pirée. Un grand militant contre la dictature et pour les droits de l’homme est désormais président des affaires économiques du gouvernement qui a fait un coup contre la démocratie et le mandat que leur avait donné le peuple », affirme l’ancienne présidente du parlement. « Les mouvements sociaux ont perdu leur autonomie vis-à-vis de Syriza, et lorsque Tsipras a trahi, la plupart des cadres gouvernementaux ont préféré rester au pouvoir plutôt que défendre le mandat populaire. Si les mouvements sociaux cèdent à un parti, et que ce parti perd sa notion de fidélité au peuple, c’est la recette de l’échec », avant de jouer les Cassandres : « La Grèce est le futur de la France, de la Belgique, de l’Allemagne. »

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Une réponse à Zoe Konstatopoulou aux Universités d’Attac à Toulouse

  1. Très sincèrement, la catastrophologie quant à la Grèce et au gouvernement de Syriza est fatiguante… L’histoire montrera qui a raison…L’analyse de Zoé n’est pas exacte. Personne n’a trahi quoi que ce soit. On se bat sur tous les fronts et le peuple nous soutient. Venez en débattre au stand de Syriza à la fête de l’Huma.

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